Il y a des lieux qui demandent du temps pour se révéler, et le CIARUS est de ceux-là. Quand j’ai commencé à m’occuper des expositions dans ce lieu hybride, j’ai tout de suite compris que quelque chose d’inhabituel était possible. On connaît le CIARUS pour ses chambres d’hôtel, ses espaces de séminaire, son Self Gourmet ouvert à tous, et c’est précisément cette réalité qui m’a semblé si intéressante. Faire entrer l’art dans un lieu comme celui-ci, c’est lui offrir une liberté que les galeries et les musées ne peuvent pas toujours donner. Depuis plusieurs années, nous faisons donc ce choix, exposition après exposition : intégrer l’art contemporain dans les espaces de vie, de passage et de rencontre du CIARUS, et en faire une présence à part entière, capable de créer du lien, d’ouvrir le regard et de transformer l’expérience de ceux qui traversent ces murs.
Un lieu d'accueil devenu espace d'art contemporain à Strasbourg
Ce qui m’a guidée dès le départ, c’est une vision large de ce que peut être un lieu d’accueil. Le CIARUS est certes un endroit où l’on héberge, où l’on restaure, où l’on organise des événements professionnels ou associatifs, mais c’est aussi un endroit où quelque chose d’inattendu peut arriver. De vastes espaces dans lesquels une œuvre peut surgir là où on ne l’attendait pas. Des interstices où un visiteur venu pour tout autre chose repart avec une image en tête et une émotion qu’il n’avait pas prévue.
C’est précisément cette imprévisibilité qui me semble la plus précieuse. Ce qui me fait dire que l’art contemporain au CIARUS se rencontre plus qu’il se visite. Nous choisissons de le placer dans les halls, les couloirs et les espaces partagés, ces bulles du quotidien que l’on traverse sans toujours leur accorder d’attention. En venant à la rencontre du public, les œuvres trouvent des regards que les galeries et les musées touchent rarement : celui d’un étudiant en transit, d’une famille de passage, d’un groupe associatif venu pour une réunion, d’un professionnel entre deux rendez-vous, ou d’un touriste étranger.
C’est ce qui fait du CIARUS un lieu d’exposition véritablement singulier à Strasbourg. Loin des codes de la galerie et de la solennité du musée, nous essayons de construire quelque chose d’autre : un ensemble vivant, traversé en permanence par des visiteurs très différents, et où l’art s’inscrit dans le mouvement de la vie plutôt que dans sa mise en suspension.
Peinture, sculpture, photographie : des formes d'art qui habitent les espaces
Au fil des expositions que nous avons organisées tout au long de l’année, nous avons accueilli une large palette de formes artistiques, et chacune a apporté quelque chose de différent au lieu. La peinture a transformé des murs en surfaces d’émotion, jouant sur la couleur, la matière et la composition pour modifier l’atmosphère des espaces qu’elle investissait. Le dessin a proposé des lectures plus intimes et plus précises, invitant à s’approcher, à prendre le temps d’une attention que le rythme quotidien accorde rarement. La sculpture, quant à elle, a reconfiguré les perspectives, créé des dialogues entre les volumes et les corps en mouvement, et imposé une présence physique que l’on ressent avant même de l’avoir cherchée. Langageses collages, les installations visuelles et les travaux sur la matière ont eux aussi trouvé leur place, apportant des langages variés, des sensibilités différentes et des manières d’habiter l’espace qui renouvellent constamment ce que l’on y perçoit.
Ces années m’ont convaincue d’une chose : peu importe que l’art soit pictural, graphique, sculptural, documentaire, poétique, abstrait ou figuratif. Ce qui compte, c’est le dialogue qu’il noue avec le lieu et avec les regards qui le traversent. Chaque nouveau cycle d’exposition modifie l’atmosphère de l’établissement, introduit une sensibilité nouvelle, et donne aux habitués une manière différente d’habiter des espaces qu’ils pensaient connaître par cœur.
La photographie contemporaine, un pont vers d'autres publics et d'autres récits
Parmi toutes les formes artistiques que nous avons accueillies, la photographie contemporaine occupe une place particulière dans notre travail, et pour des raisons qui vont bien au-delà de l’esthétique. Sa puissance est immédiate, et sa capacité à tisser des liens entre l’art et des univers très variés en fait un médium d’une portée rare.
Une exposition photographique peut ainsi raconter ce que les mots peinent à transmettre. Elle peut donner à voir des visages, des situations, des territoires, des gestes du quotidien, et le faire avec une force que la distance artistique vient amplifier plutôt qu’atténuer. Elle peut porter une mémoire collective, documenter un engagement humanitaire, témoigner d’une réalité sociale, et rendre visible ce qui reste ordinairement dans l’ombre. Dans un lieu comme le CIARUS, marqué par l’ouverture au monde, la mixité des publics et l’attention portée à la dimension humaine, ce type de démarche trouve une résonance que peu d’espaces peuvent offrir, et c’est ce qui me touche profondément dans ces projets.
C’est pourquoi j’aime particulièrement travailler avec des acteurs culturels aux profils très divers : associations humanitaires, structures sociales et solidaires, organismes engagés autour de la mémoire, du territoire, de l’écologie ou du lien social… Pour eux, exposer au CIARUS, c’est atteindre des publics plus larges que ceux des galeries, et inscrire un projet photographique dans un espace de vie quotidienne, là où les regards sont divers, libres et souvent plus disponibles qu’on ne le croit.
Le mécénat culturel comme engagement ancré dans le quotidien
Ce que nous construisons ici s’inscrit dans une démarche de mécénat culturel concrète et accessible, et j’y tiens beaucoup. Soutenir la création artistique signifie offrir aux artistes un espace de visibilité réel et reconnaître la place essentielle que la culture occupe dans la vie collective, y compris dans des lieux que l’on associe d’abord à d’autres usages.
Ce mécénat a une dimension profondément humaine, et c’est ce qui le rend précieux à mes yeux. Il rapproche l’art du quotidien sans le banaliser, crée des occasions de découverte pour des personnes qui auraient rarement poussé la porte d’une galerie traditionnelle, et permet à des artistes émergents ou confirmés de présenter leur travail dans un cadre vivant, au contact direct d’une diversité de visiteurs que peu d’espaces culturels permettent de réunir.
En travaillant ainsi, j’ai le sentiment que le CIARUS contribue à la vitalité culturelle de Strasbourg, en complément des musées, des galeries, des écoles d’art et des structures associatives qui font vivre la création sur le territoire. Il occupe un espace que les institutions classiques laissent ouvert : celui d’un art inscrit dans le quotidien, libre, spontané et offert à tous sans condition préalable.
Art numérique, immersif, sonore : les nouveaux territoires que nous souhaitons explorer
Aujourd’hui, nous pensons à la suite. Le CIARUS a déjà construit une histoire artistique riche avec les formes visuelles traditionnelles, et une nouvelle page nous attire. Les arts numériques, les installations interactives, la création sonore, la vidéo, les dispositifs immersifs et les œuvres augmentées par la technologie ouvrent des territoires de création que nous n’avons pas encore pleinement explorés ici, et qui pourraient s’y épanouir avec une pertinence particulière.
Ces formes contemporaines renouvellent en profondeur notre rapport à l’image, à la lumière, au son et à l’espace. Une installation sonore peut en effet accompagner un lieu sans l’envahir, et créer une ambiance qui modifie subtilement la perception de ceux qui le traversent. D’un autre côté, une œuvre numérique peut interagir avec les visiteurs, répondre à leur présence et créer une expérience différente à chaque passage. Enfin, un projet de mapping léger peut révéler autrement l’architecture d’un bâtiment, sa mémoire et ses strates invisibles.
Ce qui me séduit dans ces démarches, c’est qu’elles dialoguent naturellement avec les valeurs qui structurent l’identité du CIARUS : l’ouverture au monde, la transmission entre les cultures et les générations, l’attention portée à l’humain, et l’engagement écoresponsable. L’art numérique, pensé avec soin, prolonge ces valeurs de façon inattendue, et touche des publics que les formes plus traditionnelles atteignent moins facilement, à commencer par les plus jeunes générations, familières de ces langages.
Au fil des années, le CIARUS est devenu une véritable place d’art contemporain à Strasbourg, au sens le plus vivant du terme. Un lieu où la création circule, où les artistes trouvent une visibilité différente de celle qu’offrent les circuits habituels, et où les publics peuvent être surpris, touchés ou interpellés sans l’avoir décidé à l’avance.
Cette dynamique reste ouverte, et nous continuons de nous intéresser aux démarches artistiques capables de dialoguer avec nos espaces, nos publics et nos valeurs. Les artistes qui portent une telle proposition y rencontreront un lieu vivant, fréquenté toute l’année, situé au cœur de Strasbourg, et traversé par des publics d’une richesse et d’une diversité rares.
L’art contemporain, sous toutes ses formes, a toute sa place dans un lieu qui accueille et qui relie. Et ces murs ont encore beaucoup à raconter.